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Adieu au Lido – Retour sur 75 ans de glamour et de paillettes


Après 75 ans de champagne, de paillettes et de french cancan, le Lido a mis la clé sous la porte. Le célèbre cabaret a donné son dernier spectacle le jeudi 04 août. 

Jusqu’au bout, elles ont rêvé d’un repreneur providentiel. Le Lido, les Bluebell Girls, la salle de 1 100 places aux énormes lustres en cristal, le long couloir qui vous emmenait au saint des saints… des seins nus et des plumes. Hélas, ce symbole du grand cabaret des Champs-Élysées a bel et bien fermé ses portes. Et viré toutes les danseuses – et les Lido Boys –, les costumières, habilleuses, plumassiers qui cousaient, réparaient, retouchaient et assemblaient sur place les parures hors de prix, paillettes Swarovski, tulles chers parce que renforcés, les corsets strassés, les coiffes monumentales, bref, ce qui faisait le panache du french cancan et bien plus encore.

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Licenciés également, les innombrables techniciens virtuoses des cintres et des lumières si complexes dans cette salle où l’on pouvait tout réaliser… Au total, 157 salariés sur 184. Colère. Tristesse. Fatigue. Une pétition d’environ 80000 signatures n’a pas réussi à inverser l’inéluctable issue. Le cabaret perdait des sommes énormes depuis dix ans. Un passif de 80 millions d’euros que le propriétaire Sodexo (qui fournissait les quelque 1000 dîners chaque soir) n’a pas pu éponger. Le Lido a été revendu à Accor pour… un euro symbolique. On comprend pourquoi.

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Avant de «renaître» comme l’annonce Accor, la belle acquisition va coûter très cher au groupe en plan de départs et transformation. Même si son P-DG, Sébastien Bazin, assure qu’«on a besoin de 3600 postes dans nos hôtels français». Il est vrai, si l’on en croit les communicants, qu’«un hôtel Accor par jour s’ouvre dans le monde». De quoi «recycler» confortablement les serveurs et les employés de la restauration. Mais les danseuses ? Ces créatures de 1,75 mètre, pas moins, rigoureusement formées au classique, ne trouveront pas facilement de job dans les autres cabarets. «Trop grandes », se désole Jérémy Bauchet, 35 ans, lui-même ancien danseur, adjoint maître de ballet et qui a évolué au Lido depuis ses 19 ans. Lui est jeune, il va se reconvertir dans l’événementiel. Mais les autres, ceux qui ont accompagné ce cabaret pendant vingt, trente ans ? Quant aux filles, ces héroïnes anonymes à la plastique de science-fiction, elles vivent l’étrange paradoxe de se retrouver sous les spots au moment où ceux-ci vont s’éteindre pour toujours. 

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Les Bluebell Girls et les Lido Boys manifestent contre la fermeture sur les Champs-Élysées, le 28 mai.


Les Bluebell Girls et les Lido Boys manifestent contre la fermeture sur les Champs-Élysées, le 28 mai.


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VLADA KRASSILNIKOVA / PARIS MATCH

Plus que les lumières de la rampe, ce furent des feux d’artifice pendant plus de soixante-dix ans. Le Lido figure toute la mémoire du gai Paris. Né juste après la guerre, il a vu défiler la jet-set mondiale assoiffée de légèreté, de champagne et de jolies filles. Une autre époque. Comme Maxim’s faisait rayonner la capitale dans l’imaginaire mondial avec son décor Art nouveau, le Lido et ses revues sexy illustrait l’audace des «petites femmes de Paris », le parcours obligé des célébrités. Se faire photographier au Lido, c’était afficher sa modernité, son esprit ouvert, sa gloire. Tant de grandes soirées de gala y déployèrent leurs folies. Pour les acteurs américains, Paris c’était l’école buissonnière, et le Lido, son temple. Mais pas seulement pour Cary Grant, Gene Kelly ou Frank Sinatra, qui sympathisaient avec Brigitte Bardot ou Claudia Cardinale.

Jean Gabin salue Michèle Morgan à la première de la revue «Prestige », en 1957.


Jean Gabin salue Michèle Morgan à la première de la revue «Prestige », en 1957.


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Michou SIMON/PARISMATCH

Plus qu’au Festival de Cannes, les Américains y côtoyaient le Tout-Paris. Jean Gabin, Romy Schneider, Alain Delon croisaient de grands artistes tels que Salvador Dali, Bernard Buffet, César, des écrivains vedettes comme Jean Cocteau, Françoise Sagan, qui papotaient avec La Callas et Onassis, la duchesse de Windsor, les Rothschild ou Yves Saint Laurent… Bref, tout ce qui comptait dans le monde de la culture et du show-business passait par ce lieu mythique situé sur la plus belle avenue du monde. À l’époque, la location de cet espace grandiose de 6 000 mètres carrés n’atteignait pas encore les 400 000 euros par mois. La vie était joyeuse, privilégiée, pas du tout mercantile comme aujourd’hui. Star ou starlette, on s’amusait, on posait en photo, on fumait, on sirotait sa coupette avec nonchalance, tout simplement.

Chaque nouvelle revue était prétexte à de somptueuses soirées où l’on s’habillait Grand Soir et où l’on sortait les rivières de diamants du coffre. Même Serge Gainsbourg arrivait en smoking. 

Jane Birkin et Serge Gainsbourg pour la première de la revue «Grand prix », en 1969.


Jane Birkin et Serge Gainsbourg pour la première de la revue «Grand prix », en 1969.


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Jean-Claude DEUTSCH/Georges MELET/PARISMATCH

Jusqu’à maintenant, ces spectacles coûtaient des fortunes : 8, 10 millions selon les années, plus pour l’ultime revue, en 2015 – la vingt-septième du genre – signée Franco Dragone , ex-directeur artistique de Céline Dion et du Cirque du Soleil. Pas le meilleur cru, hélas, car trop «cirque», trop « acrobate », trop «musique », éloigné des standards du cabaret à la française, ce que réclament les touristes étrangers qui constituent l’essentiel de la clientèle. « C’était pourtant un travail intéressant, admet Jérémy Bauchet. On y croyait. Mais il a fallu le modifier progressivement avec Jane Sansby, notre maîtresse de ballet. Et attendre à chaque fois la validation de Dragone, qui pilotait depuis l’Amérique. Ce work in progress a duré six ans », soupire-t-il, conscient de la perte de temps et de rentabilité.

Yves Montand entouré des actrices Annabella (à g.) et Simone Signoret, son épouse, en 1957


Yves Montand entouré des actrices Annabella (à g.) et Simone Signoret, son épouse, en 1957


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Michou SIMON/PARISMATCH

Le Lido, établissement phare de la capitale, osait tout: plage artificielle sur scène, gondoles, piscine souterraine pour un numéro effrayant avec un énorme serpent, animaux exotiques, dromadaire ou tigre… Sans parler des tableaux époustouflants avec des coiffes de plusieurs kilos et des costumes délirants, cousus et assemblés – et réparés, retouchés – sur place par des petites mains haute couture. Au chapitre des performances exceptionnelles, on y a vu un seul et unique numéro de Laurel et Hardy en 1947, un show de Shirley MacLaine en 1979 retransmis à la télévision américaine ou un mémorable concert en solo d’Elton John en 2003. Des événements spéciaux pour relancer la com, mais c’était pour les danseuses qu’on payait entre 130 et 400 euros le dîner-spectacle.

Brigitte Bardot (au centre) devant l’actrice Bianca Perez-Mora y Macias, future Bianca Jagger, en 1969.


Brigitte Bardot (au centre) devant l’actrice Bianca Perez-Mora y Macias, future Bianca Jagger, en 1969.


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Jean-Claude DEUTSCH/Georges MELET/PARISMATCH

Des prix prohibitifs si l’on veut toucher un public français, ce qui est l’objectif du nouveau propriétaire. Le futur directeur artistique Jean-Luc Choplin arrive du Châtelet et du Théâtre Marigny, où il s’est fait une spécialité des créations et coproductions de comédies musicales américaines. À 72 ans, c’est un poids lourd de la scène internationale : il a travaillé avec la Walt Disney Company, avec Bob Wilson (pendant les JO de Los Angeles), avec le Sadler’s Wells Theatre de Londres. Broadway lui a rendu hommage en lui octroyant quatre Tony Awards pour sa comédie musicale «Un Américain à Paris » donnée au Châtelet. Mais pour l’instant, Choplin, c’est Charlot: motus et bouche cousue. Il fait tourner son chapeau sans répondre aux questions. 

La chorégraphie «Barricade» de la revue «Paris merveilles», la dernière de l’histoire du Lido, le 22 avril.


La chorégraphie «Barricade» de la revue «Paris merveilles», la dernière de l’histoire du Lido, le 22 avril.


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VLADA KRASSILNIKOVA / PARIS MATCH

On suppose que le Lido deviendra un «espace polyvalent » où l’on pourra dîner, prendre un verre, ou encore applaudir une comédie musicale… mais plus de Bluebell Girls malgré une demande qui n’a jamais faibli au Moulin-Rouge ni au Crazy Horse. Les féroces gilets jaunes auraient-ils entaché l’insouciance dorée sur tranche des Champs-Élysées? Juste en face, Vuitton, qui s’agrandit encore, ne semble guère perturbé par ces événements passés. Convaincu qu’on reviendra frimer, faire la fête et danser entre l’Arc de Triomphe et la Concorde. Triomphe et concorde, tout ce qu’on leur souhaite.



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