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Après l’agression russe, le grand retour du vocabulaire de la guerre froide



“Endiguement”, “soviétisation”, “rideau de fer”… Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, des concepts tout droit sortis des années 1940 et 1950 refont surface, notamment dans les médias nord-américains, pour tenter d’éclairer les enjeux du conflit.

Il y a soixante-seize ans, le 5 mars 1946, Winston Churchill prononçait cette phrase mémorable, rappelle le Christian Science Monitor : “De Stettin [Szczecin, en Pologne] sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu sur le continent.” Le jour de l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, le 24 février 2022, c’est tout naturellement que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a repris la formule :

Qu’entend-on ? Ce ne sont pas seulement les explosions de roquettes, les combats, le rugissement des avions. C’est le son d’un nouveau rideau de fer en train de s’abattre et de séparer la Russie du monde civilisé.”

Et le Christian Science Monitor est loin d’être le seul média nord-américain à souligner que l’invasion brutale de l’Ukraine par la Russie ainsi que les sanctions économiques et les positions politiques prises par les États-Unis et leurs alliées occidentaux “rappellent les pires périodes de la guerre froide”.

Isolement tous azimuts

Pour le quotidien québécois Le Devoir aussi, un nouveau rideau de fer s’est mis en place autour de la Russie : “Le pétrole et le gaz russes sont bannis aux États-Unis. Coca-Cola et McDonald’s n’offrent plus leurs petits délices aux mangeurs russes. Les avions russes doivent contourner le ciel européen. Les banques russes ne peuvent plus faire des affaires à l’étranger. La presse internationale est muselée au pays de Vladimir Poutine. Le Kremlin bloque l’accès à Facebook et limite celui à Twitter. Ces derniers jours, la Russie s’est enfoncée dans un isolement tous azimuts”, relève le journal canadien francophone.

De son côté, le chroniqueur conservateur Max Boot déplore dans les colonnes du Washington Post “la soviétisation de la Russie de Poutine”, se félicitant que sa grand-mère et que sa mère russes aient décidé de fuir l’URSS en l’emmenant aux États-Unis, en 1976. En l’espace de quelques semaines, note-t-il, “la Russie est passé d’un système autoritaire à un système totalitaire, et son économie à été déconnectée de l’Occident”. Pour le chroniqueur, il ne s’agit pas encore de “stalinisation” – car “Poutine n’envoie pas des millions de personnes au goulag” –, mais bien d’un retour au “soviétisme”.

La stratégie d’endiguement de Truman

Quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le journaliste américain James Traub en appelait sur le site de Foreign Policy à l’esprit du président Harry Truman, locataire (démocrate) de la Maison-Blanche de 1945 à 1953. Ce dernier voyait certes “l’Union soviétique comme une puissance agressive, mais estimait que son expansion pouvait être ‘endiguée’, comme le préconisait le diplomate américain George Kennan, jusqu’à ce que le régime soviétique s’adoucisse ou disparaisse”.

Pour James Traub, “Joe Biden partage de nombreux points communs avec son prédécesseur Harry Truman” et semble s’inspirer du rôle que celui-ci a endossé pendant la guerre froide, même si dans la crise actuelle il est difficile de “voir comment et si une stratégie d’endiguement pourrait s’appliquer”.

Bérangère Cagnat





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