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ce qu’il faut savoir avant de proposer un hébergement



Trois millions de personnes ont fui l’Ukraine en une vingtaine de jours seulement. Parmi elles, au moins 15.000 ont déjà franchi nos frontières. Un chiffre qui devrait grimper dans les prochaines semaines. Pour préparer et coordonner ces arrivées massives, le gouvernement travaille en étroite collaboration avec les associations et les collectivités locales. Mais il n’y a pas qu’eux qui s’activent : partout en France, des citoyens proposent leur aide, et notamment des places d’hébergement. Mais cette solution, qui pourrait un jour s’avérer utile, n’est pas à privilégier dans l’immédiat selon le secteur associatif.

Pour l’heure, l’offre d’hébergement dépasse largement la demande : quelque 4.600 déplacés d’Ukraine bénéficient d’un hébergement en France alors que « nous pouvons aujourd’hui accueillir jusqu’à 100.000 personnes réfugiées sur le territoire national », indiquaient lundi Gérald Darmanin et Emmanuelle Wargon, les ministres de l’Intérieur et du Logement.

P milliers de volontaires

Mais déjà, l’afflux de réfugiés ukrainiens se fait ressentir dans certaines zones, comme en Ile-de-France et dans les Alpes-Maritimes. Le maire de Nice Christian Estrosi, dont la ville et le département sont « débordés », en a appelé ce mardi à la « solidarité régionale et nationale ». Logements communaux, centres de vacances, résidences sociales ou d’étudiants… De nombreuses solutions d’hébergement ont été identifiées par les préfectures partout en France. Y compris chez les particuliers.

Depuis le 8 mars, une plateforme lancée par le gouvernement et baptisée “Je m’engage pour l’Ukraine” aux Français d’apporter leur aide aux déplacés, notamment en les accueillant chez eux. Pour ce faire, ils doivent remplir un formulaire en ligne, qui sera ensuite transmis à la préfecture de leur département, avec qui ils peuvent aussi prendre attache directement. Près de 33.000 propositions d’hébergement ont déjà été reçues selon Emmanuel Macron.

Et ce n’est pas tout. D’autres initiatives fleurissent pour accueillir les Ukrainiens fuyant les bombardements. Depuis le début de l’invasion russe, la plateforme française WeUkraine permet elle aussi d’offrir un toit aux personnes en exil. Partout dans le monde, Airbnb.org incite des hôtes de la plateforme de location à proposer des séjours gratuitement ou à prix réduits aux réfugiés.

On ne s’improvise pas travailleur social

Mais comme le précisait début mars une instruction destinée aux préfets, les offres d’hébergement citoyen doivent uniquement être mobilisées « en complément de capacités d’hébergement », si « elles permettent de répondre aux besoins des ménages » et font « l’objet d’un accompagnement social professionnel et adapté ». Pour Guilhem Mante, le coordinateur du programme “Accueil de l’Étranger” de la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP)*, il est en effet « absolument essentiel » que les personnes déplacées puissent être épaulées par des associations mandatées par l’Etat.

« Quand elles arrivent en France, il faut d’abord les aider à faire toutes les démarches pour qu’elles puissent bénéficier de droits et services, comme la protection temporaire. Il faut donc qu’elles soient accueillies dans une offre d’accompagnement global », nous explique Guilhem Mante. L’ancien travailleur humanitaire n’est « pas opposé aux hébergements citoyens », mais estime qu’il faut privilégier les logements autonomes à ceux en cohabitation. Selon lui, ils doivent surtout être mis à contribution seulement « si l’état n’est pas en mesure d’assurer l’accueil ».

Un clic-clac convient temporairement, c’est plus compliqué si on doit y rester plusieurs mois.

Guilhem Mante, coordinateur du programme “Accueil de l’Étranger” de la FEP

Une opinion partagée par Jean-Christophe Combe, le directeur de la Croix-Rouge française, qui souhaitait dimanche dans le JDD faire appel aux particuliers « en dernier recours ». Comme lui, Guilhem Mante souligne que les déplacés ukrainiens sont « des personnes en situation de fragilité, qui ont parfois vécu des traumatismes ». Leur accueil doit donc être « particulièrement encadré ». D’autant que la plupart des personnes fuyant l’Ukraine sont des femmes et des enfants, davantage exposés aux trafics d’êtres humains que les hommes.

Privilégier le lien social

Or, Guilhem Mante le constate, des particuliers ont déjà commencé à héberger des déplacés ukrainiens chez eux. Si ce n’est pas déjà fait, il les invite à contacter leur préfecture pour le signaler. Et si d’aventure ce type d’accueil venait à se généraliser, le coordinateur pour la FEP recommande aux hébergeurs de recevoir une formation auprès d’une association mandatée par l’État et de signer une convention ou une charte pour préciser les modalités d’accueil. « C’est un moyen de sécuriser les personnes qui accueillent et qui sont accueillies », détaille Guilhem Mante.

En attendant, il conseille aux particuliers volontaires de s’inscrire sur la plateforme “Je m’engage pour l’Ukraine” et d’attendre qu’une association les recontacte. Il rappelle aussi qu’offrir un logement n’est pas la seule manière de s’engager pour les réfugiés : « Il est primordial qu’ils ne soient pas isolés. C’est là que les citoyens ont un rôle à jouer : en faisant preuve fraternité et en leur faisant découvrir leur nouvel environnement ».

*La Fédération de l’Entraide Protestante rassemble 360 associations et fondations œuvrant dans le champ social, médico-social et sanitaire.



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