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Charles de Courson : « Le Parlement des bœufs, c’est fini ! »




La seizième législature, officiellement commencée le 22 juin, au lendemain des élections législatives, s’est étirée cette fois jusqu’au 7 août. Députés et sénateurs vont avoir le droit à une longue pause estivale puisque la prochaine session ne commencera que… le 3 octobre. Cela n’empêchera pas évidemment l’activité parlementaire dans les couloirs et les bureaux avant. Mais il n’y aura pas de session extraordinaire de septembre cette année. Une innovation du début du second quinquennat d’Emmanuel Macron. En tout cas, il y a fort longtemps que l’on n’avait pas vu cela sous la Ve République. Nous avons demandé au plus ancien député – en longévité parlementaire –, Charles de Courson, élu sans discontinuer dans la cinquième circonscription de la Marne depuis 1993 (il entame donc son sixième mandat), ce qu’il en pensait.

Le Point : L’Assemblée nationale termine ses travaux et ne recommencera à siéger que le 3 octobre. La traditionnelle session extraordinaire de septembre est annulée. C’est une première dans la pratique institutionnelle depuis bien longtemps. Comment réagissez-vous ?

Charles de Courson : Depuis que j’ai été élu député, il y a près de trente ans, j’ai toujours connu la session extraordinaire de septembre. Cette innovation traduit les craintes du gouvernement, qui ne dispose plus de majorité, à être constamment mis en minorité. Mais alors comment va-t-on faire ? La session extraordinaire a toujours servi à écluser certains textes. La session ordinaire, telle que la prévoit la Constitution de début octobre à fin juin, ne nous suffit pas pour faire face à nos obligations de législateur. On vote beaucoup trop de lois, et nos méthodes sont archaïques. Commençons déjà par rationaliser les règles sur les amendements : certains groupes parlementaires présentent quatre à cinq fois le même amendement pour multiplier les prises de parole. Pensez qu’on ne peut à l’Assemblée nationale voter sur des textes en commission, alors que le Sénat le fait depuis des années, que de temps perdu ! De nombreux petits textes peuvent être adoptés en commission, sans avoir besoin d’un vote solennel dans l’hémicycle. La suppression de la session extraordinaire va encore plus densifier la session ordinaire. C’est cela le changement de méthode que l’on nous promettait ? Si l’on veut vraiment évoluer en la matière, il faut créer les conditions de discussion, de dialogue. Ce n’est pas en raccourcissant le temps parlementaire que l’on va pouvoir le faire.

Quel bilan tirez-vous de ce début de mandature ?

Avant, l’Assemblée nationale avait un fonctionnement primitif, voire primaire ; c’est ce que j’appelais « le Parlement des bœufs ». Heureusement, tout ça, c’est fini ! L’Assemblée n’est plus une chambre d’enregistrement. C’est ce que veulent les Français. Le groupe Renaissance macroniste, à l’instar d’Aurore Bergé, continue à avoir des comportements dominateurs alors qu’ils ne sont que 140, mais bon… J’ai de plus constaté, au cours de cette session, un problème de concertation entre les trois groupes de l’ex-majorité. Voyez les propos virulents de Bruno Le Maire à l’encontre du groupe Horizons : on sent qu’avec Édouard Philippe la guerre est déjà déclarée pour la prochaine présidentielle. On peut dire qu’on a progressé dans la méthode, sous la contrainte politique liée à l’absence de majorité. Lors de l’examen de la loi sur le pouvoir d’achat, nous avons ainsi pu faire passer deux idées : celle de la modulation territoriale, afin d’adapter les mesures à la diversité française, et celle de la compensation au moins partielle des décisions nationales qui impactent les collectivités locales, comme le RSA pour les départements.

J’ai toujours porté la veste et la cravate depuis l’âge de 12 ans

On a parfois eu l’impression que l’hémicycle s’était transformé en cour des Miracles…

Cour des Miracles, comme vous y allez ! Disons qu’il y a un mauvais comportement de certains de nos collègues. Et que celui-ci n’est pas seulement vestimentaire, bien que l’on note un grand relâchement en la matière. Moi qui ai toujours porté la veste et la cravate depuis l’âge de 12 ans, je suis attaché à certaines règles. On ne vient pas en baskets et en tongs à l’Assemblée. Quand on est député, il faut de la tenue.

Certains néophytes vous ont-ils épaté ?

(Moue dubitative). Il en faut beaucoup pour m’épater…

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Surpris alors ?

(Silence). On voit assez vite dans chacun des groupes ceux qui se dégagent. Ceux qui vont être les porte-parole d’une cause et ceux qui font de la mousse. J’ai déjà plusieurs fois fait la remarque à notre collègue Ruffin qui vient dans l’hémicycle pour tourner un clip et le quitte juste après son intervention. Au sein de la commission des Finances, par exemple, le socialiste Philippe Brun paraît bien connaître ses dossiers, et la LR Véronique Louwagie est une personne très sérieuse, mais elle n’en est pas à son premier mandat…. Par contre, les Verts, je ne sais pas ce qu’il se passe chez eux, je les trouve très éteints.

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Puisque vous parlez de la commission des Finances, le retrait de votre candidature pour la présidence a permis l’élection de l’Insoumis Éric Coquerel. Le regrettez-vous ?

Mais je n’ai jamais fait élire Éric Coquerel, mettons les choses au point sur cette affaire ! À l’issue du second tour, je constate que pas un seul membre de la majorité ne participe au vote, et ce à la demande de la Première ministre. Nous sommes 73 membres à la commission des Finances. La majorité compte 32 sièges ; le RN, 11 ; LR, 8 ; la Nupes, 20 ; et nous, 2. Pas besoin de faire Polytechnique pour comprendre que si la majorité ne vote pas il manque une voix pour être élu. Je me suis donc retiré. La messe était dite. Ce n’est donc pas moi mais la majorité qui a installé Coquerel, et personne d’autre. Au troisième tour, il a été élu avec 21 voix, et ce n’était pas la mienne, je peux vous l’assurer. On verra ce qui se passera dans un an, puisque le mandat est remis en jeu tous les ans.

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C’est vrai que vous avez dit ne pas vouloir bénéficier des voix du RN, parce que votre père était résistant et que votre grand-père, député du Doubs, avait refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain…

Oui je l’ai dit, en privé. De toute façon, même avec les voix du RN, je n’aurais pas été élu… Je ne passerai jamais un accord avec le RN, je suis un homme libre.

Pourquoi avoir besoin de convoquer le passé de résistants de vos aïeux et l’épouvantail Pétain ? Ce genre de polémiques qui emplissent constamment le débat public ne sont-elles pas faciles ?

Il faut savoir d’où l’on vient, et où l’on va. Moi, je n’ai pas de questionnement à ce sujet. Du côté de ma mère, ils ont été constamment parlementaires de 1789 à 1958. Je descends de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, qui a voté la mort du roi et a été assassiné par un royaliste le lendemain. Mon arrière-grand-père maternel a battu le dernier député royaliste du Doubs. Quant à mon arrière arrière-grand-père, il était ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, et je crois que c’est le seul ministre qui soit mort d’une crise cardiaque en plein conseil des ministres. Mon grand-père fut l’unique député de droite à avoir voté contre les pleins pouvoirs à Pétain. Il fut l’un des deux seuls Compagnons de la Libération de la chambre des députés de 1936. Dans des moments pivots de la vie politique, on voit ceux qui sont des girouettes et ceux qui font preuve de constance, et ne se laissent pas impressionner.

La France insoumise qui invoque Robespierre ? Vous en pensez quoi ?

Et que voulez-vous que je vous dise ? Moi, je ne suis pas un sanguinaire. Que ces gens rétablissent l’échafaud, et qu’ils en finissent avec la démocratie. Mélenchon a compris que tous les autres à gauche avaient abandonné leurs références historiques, lui, il s’adonne à une relecture de l’Histoire de France à l’aune du marxisme. C’est son fonds de commerce. En France, on ne cesse de réécrire l’histoire en fonction des intérêts politiques du moment. Ces Insoumis autoproclamés ressortent donc les oripeaux de la vieille gauche puisque les socialistes les ont abandonnés et que les communistes ne sont plus que des communistes en peau de lapin.

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Une grande partie des présidents de conseils départementaux décident de rehausser la limitation de vitesse de 80 à 90 km/h sur les routes secondaires. Qu’en pensez-vous, vous qui avez eu plusieurs fois des retraits de permis pour excès de vitesse ?

Oui, cela m’est arrivé trois ou quatre fois, et j’assume complètement, je l’ai même dit à la télé. Cette mesure des 80 km/h, c’est l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire. Une idée totalement saugrenue. On réduit la vitesse de 90 à 80 km/h, mais on ne baisse pas celle des camions de 80 à 70 km/h… Dans la Marne, quand la question est arrivée devant le conseil départemental, où je siège toujours, j’ai emporté le morceau en disant : « On va arrêter le bal des faux culs : qui autour de la table respecte la limitation de vitesse à 80 km ? » Moi, je suis pour que l’on applique les lois existantes avant de les durcir.

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Cette affaire est-elle le signe d’une petite fronde des territoires ruraux contre Paris ?

Bien sûr ! Et c’est plus profond que cela. Depuis cinq ans, Emmanuel Macron donne l’impression de n’en avoir rien à faire des ruraux. Vous ne pouvez pas imaginer la haine qui s’est développée contre le président dans les campagnes ! Toutes ces personnes qui se chauffent au fioul, ce qui est mon cas, et qui travaillent à 20, 30 ou 40 km de chez eux, on s’en fout à Paris. Alors que c’est la France ! Que l’on fiche la paix à ces gens-là et qu’on les écoute !




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