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Guerre en Ukraine. L’anéantissement de Marioupol, pour l’exemple


Déjà plus de 2100 morts sous les bombardements russes… Il est à craindre que la principale ville portuaire sur la mer d’Azov soit rasée par les troupes de Moscou, écrit ce chroniqueur du quotidien Le Temps à Genève. Une façon pour Vladimir Poutine de distiller la terreur et savourer sa revanche après avoir échoué à prendre la ville en 2014.

C’était pourtant charmant Marioupol. Son bord de mer et ses plages de sable. Ses collines et ses pavillons d’un autre temps. Ses places, ses terrasses et ses monuments. Depuis seize jours, ses 430 000 habitants sont pilonnés par l’armée russe, par terre et par air. Jour et nuit. Depuis une bonne semaine, la ville est encerclée. Ces derniers jours, les rares informations qui filtrent font état d’une population affamée et de cadavres qui s’empilent dans une fosse commune.

Sasha Volkov, vice-responsable de la délégation du CICR à Marioupol témoignait mercredi par un message audio transmis aux médias :

– Il n’y a plus d’électricité, plus d’eau ni de gaz. Donc plus de moyens de se chauffer.

– Les magasins et pharmacies ont été pillés.

– Beaucoup témoignent ne plus avoir de nourriture pour les enfants. Certains ont encore à manger, je ne sais pas pour combien de temps.

– Les gens commencent à se battre entre eux pour de la nourriture.

– Les gens endommagent des voitures pour voler l’essence.

– Il n’y a plus moyen de trouver de médicaments pour les diabétiques ou les cancéreux.

– Les gens tombent malade en raison du froid.

Etc.

Le CICR apporte encore un peu d’aide en eau et en électricité. Le délégué conclut :

Nous avons acheté du bois de chauffage, c’est précieux. On en a besoin pour cuisiner.”

Une ville transformée en forteresse.

Les habitants ont bien tenté de fuir. Mais les combats les ont stoppés. Les couloirs “humanitaires” n’ont jamais été sécurisés. Combien de civils sont-ils pris au piège ? 200 000 personnes ? 300 000 ? Combien y a-t-il de morts ? Impossible à dire. Mercredi [9 mars], le bombardement d’un hôpital pédiatrique tuait trois personnes dont une fillette. Les femmes proches du terme étaient évacuées, éberluées, sur des brancards. Ce n’est qu’un début. Les tirs sont de plus en plus indiscriminés.

Pourquoi Marioupol ? La ville n’est pas qu’un lieu de villégiature. C’est aussi la plus polluée du pays. Dans sa banlieue, les usines sidérurgiques (en main de l’oligarque Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine) n’ont jamais cessé de cracher leurs fumées.

La situation en Ukraine au 8 mars 2022.  Thierry Gauthé/Courrier international
La situation en Ukraine au 8 mars 2022.  Thierry Gauthé/Courrier international

Son port – le plus important de la mer d’Azov – est la porte d’entrée de l’est ukrainien. Entre la Russie et la Crimée, elle fait obstacle au continuum territorial rêvé par Moscou. En 2015, la ligne de front s’était figée à une vingtaine de kilomètres de la ville.

La ville se prépare à la guerre depuis huit ans

Voilà huit ans que Marioupol est en état de guerre. Huit ans que les soldats creusent des tranchées, que les femmes tissent des filets de camouflage, que les autorités préparent la population à cet assaut. Marioupol s’est transformée en forteresse.

Sa conquête, ainsi que celle des territoires de Donetsk et de Louhansk restés sous contrôle de Kiev, aurait pu suffire au Kremlin à déstabiliser un peu plus l’Ukraine et les Européens. La surprise est que Vladimir Poutine a vu bien au-delà de Marioupol.

Grozny, Alep…

Il est toutefois à craindre que cette ville soit sacrifiée, rasée. Pour casser le moral des Ukrainiens, pour l’exemple. Dans sa guerre totale, Vladimir Poutine voudra frapper les esprits, démontrer sa détermination, instiller la terreur. Comme en Tchétchénie avec Grozny. Comme en Syrie avec Alep.

Kiev ne peut être détruite. N’est-elle pas considérée comme la Jérusalem de l’orthodoxie russe ? Odessa sera préservée. N’est-elle pas une création russe chargée de symboles ? L’armée russe asphyxiera ces villes mais limitera les destructions. On peut encore l’espérer. Alors que Marioupol, cette ville aux carrefours des migrations qui ne sut pas choisir le bon camp…

Propagande et groupes paramilitaires

En 2014, l’armée ukrainienne avait repris le contrôle de Marioupol en passe de tomber aux mains des rebelles du Donbass et de leurs supplétifs russes grâce au soutien des bataillons Azov et de Pravyi Sektor. Ces groupes paramilitaires ultranationalistes alimentent depuis la propagande du Kremlin qui associe le pouvoir ukrainien à des nazis. C’est absurde. Aucun membre de ces bataillons, dissous depuis, n’est dans le gouvernement ukrainien. Mais l’anéantissement de Marioupol aurait aussi le goût de la revanche.

Frédéric Koller

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Né en mars 1998 de la fusion du Nouveau Quotidien, du Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne, ce titre de centre droit, prisé des cadres, se présente comme le quotidien de référence de la Suisse romande et 

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