Politics

«La vie clandestine», de Monica Sabolo : en quête du passé


Gilles Martin-Chauffier

, Mis à jour le

Article réservé aux abonnés

La romancière entremêle les crimes terroristes d’Action directe et son enfance fracassée. Un roman très gauche.

Un beau jour, Action directe est tombée sur Monica Sabolo. Elle cherchait une idée pour son prochain roman. Le hasard qui ne frappe jamais par hasard lui a jeté à la mémoire ses quatre tueurs froids, doctrinaires, tranchants, cinglants et, pour finir, incapables d’indulgence ou de remords. Humainement parlant, de purs zéros. D’ailleurs, à leur procès, des années après leurs meurtres, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan et Régis Schleicher restèrent égaux à eux-mêmes : pouffant, s’embrassant, étalant leur complexe de supériorité et leur mépris pour la société. Que fait Monica, cette romancière légère, fantaisiste et saganesque dans leurs parages ? Disons qu’elle enquête pour en tirer trois cents pages.

Un éloge embarrassant

Attention : très cool, l’investigation. Pas question de remuer les archives. Joëlle Aubron, par exemple. Était-elle en guerre avec son père comme on l’a dit ? Monica n’en a aucune idée mais nous le signale comme ça, au passage. Et ainsi de suite. Elle accumule les informations. Puis passe à autre chose. L’émotion s’en mêle. Quand elle la rencontre, Ménigon dégage une douceur d’oisillon. À croire que son cœur est en sucre. Ça devient gênant. Peu à peu, pourtant, on comprend. Le livre est une analyse sur le remords. Qu’on aurait pu attendre des tueurs d’Action directe. Et que Monica a espéré jusqu’au bout de son père pour les gestes qu’il a osés contre elle quand elle était petite.

La suite après cette publicité

Alors, tout à coup, on découvre le roman dont on a été privé. Au lieu de ces quatre seconds couteaux, c’est le portrait de ce major de Polytechnique, gigolo, affairiste en Afrique du Sud et grand spécialiste des arts précolombiens que rêvait d’écrire Monica. Quel dommage ! Là, on aurait eu un chef-d’œuvre. À la place, on a l’éloge embarrassant d’une bande de tueurs par une écervelée. Heureusement pour elle, ils se croient d’extrême gauche et son encre a la grâce ! À Paris, ça peut passer. 


“La vie clandestine”, de Monica Sabolo, éd. Gallimard, 320 pages, 21 euros.


©
DR



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.