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Les professionnels de l’e-sport sont-ils déjà trop vieux à 25 ans ?



C’est un fait : les professionnels de la compétition de jeux vidéo partent en moyenne plus tôt à la retraite que leurs homologues basketteurs ou footballeurs. Il est devenu commun de voir les champions de diverses disciplines − jeux de tir à la première personne (ou “FPS”), jeux de stratégie ou de combat − faire place à la relève après avoir fêté leur 26e ou 27e anniversaire.

Comme l’explique The Washington Post, il est de coutume de dire que les capacités physiques d’un e-sportif déclinent au milieu de la vingtaine : “Réflexes, coordination entre les mains et les yeux et vivacité intellectuelle” iraient en diminuant.

Ces arguments abondamment répétés ne semblent pourtant pas avoir de fondement médical, prévient le journaliste, qui cite les propos d’un kinésithérapeute spécialisé dans l’entraînement des e-sportifs. Ce dernier concède que la perte des réflexes avec l’âge est un phénomène connu, mais que celui-ci survient bien après le cap du quart de siècle. Le quotidien américain, qui s’est entretenu avec cinq jeunes retraités de l’e-sport, explore par conséquent d’autres pistes pour expliquer ces départs à la retraite précoces.

Entraînements intensifs

Les raisons principales qui les incitent à se retirer sont le stress, le surmenage, la précarité professionnelle et l’envie de découvrir d’autres choses, note le titre. Ainsi, Johnathan Wendel, plus connu sous son pseudonyme “Fatal1ty”, ancien champion de plusieurs jeux de tir (dont Quake) qui a raccroché la souris et le clavier à 26 ans : il invoque la baisse des gains en tournoi et explique avoir trouvé de meilleurs moyens de rentabiliser son expérience dans le domaine du jeu vidéo, créant notamment sa marque d’accessoires de gaming.

“Thresh” (de son vrai nom Dennis Fong), retraité du jeu vidéo à 20 ans, partage lui aussi son envie de se consacrer à ses entreprises. Aujourd’hui âgé de 44 ans, Thresh est resté un compétiteur dans l’âme et convaincu qu’il pourrait se classer parmi les 100 meilleurs joueurs de n’importe quel jeu s’il y consacrait le temps. Mais en tant que père de famille et dirigeant d’entreprise, il préfère jouer davantage pour le plaisir.” Si l’intéressé explique qu’il est envisageable de se consacrer pleinement aux jeux vidéo durant la vingtaine, la tâche devient plus délicate lorsque l’on envisage de fonder une famille et de faire tourner une affaire.

Il s’avère que le milieu de l’e-sport est hautement exigeant. “Seagull” (Brandon Larned) décrit les entraînements intensifs qu’il devait suivre durant sa période professionnelle : dix heures par jour, six jours par semaine, avec les autres membres de son équipe. Pour lui, comme pour beaucoup de joueurs interrogés par le Washington Post, l’expérience vire au burn-out, l’épuisement physique et mental. Seagull exerce désormais ses talents sur la plateforme Twitch – l’émergence du streaming vidéo offrant de nouvelles sources de revenus souvent plus rentables que la compétition. “‘Il y a énormément de burn-out dans l’e-sport à cause des entraînements ultra-intensifs”, explique Larned, qui note que “les gens ne considèrent pas la pratique professionnelle du jeu vidéo comme un vrai travail.”

“Ça devient une excuse facile pour justifier d’interminables heures de pratique.

“Prophétie autoréalisatrice”

Suscitant l’inquiétude, ce surmenage semble être devenu la norme dans le milieu de l’e-sport ultra-compétitif, explique le Washington Post. Tenir le rythme des entraînements est une condition sine qua non de l’entrée dans une équipe professionnelle. Les jeunes talents ont généralement déjà accumulé de nombreuses heures de jeu et sont considérés comme des joueurs aguerris dès l’âge de 17 ans.

Cet état de fait conduit également les meilleurs joueurs, soucieux de garder leur titre, à consacrer toujours plus d’heures à l’entraînement. Le titre décrit un cycle où la fatigue conduit “à l’accélération du vieillissement des joueurs professionnels et à leur retraite de plus en plus précoce, remplacés par de plus jeunes joueurs”.

Certains médecins pointent par ailleurs un facteur psychologique déterminant : l’idée reçue selon laquelle une baisse des capacités physiques avec l’âge agit comme une “prophétie autoréalisatrice” : les joueurs professionnels approchant des 25 ans mettent la moindre contre-performance sur le compte de leur vieillissement, concluant qu’ils ne seront plus jamais compétitifs.

Le titre remarque pourtant que les contre-exemples ne manquent pas. Le joueur de jeux de combat “Tokido” (Hajime Taniguchi), âgé de 36 ans et légende de Street Fighters, explique se sentir dans la meilleure forme de sa carrière. Pour “Rambo” (Ronald Kim), gamer et chef d’entreprise fournissant un entraînement sur mesure aux autres joueurs, l’expérience acquise au fil des années occupe une place tout aussi importante au sein d’une équipe.



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