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«Macron fait le numéro de “Capitaine Planète”»


A quelques heures de l’investiture des candidats de gauche à la NUPES à Aubervilliers, le maire EELV de Lyon Grégory Doucet a répondu à nos questions. Selon lui, si Jean-Luc Mélenchon a toute sa légitimité pour devenir Premier ministre, il déplore le rôle de «Capitaine Planète» que se donne Emmanuel Macron.

Paris Match. Le PS a donc lui aussi validé l’accord avec Jean-Luc Mélenchon. Êtes-vous satisfait de cette union ?
Grégory Doucet. Je suis fier de mon parti, de nos partenaires. Fier que cet accord national soit une réussite et mobilise les françaises et français. Je sais tout l’espoir qu’il va procurer. En 2020, nous avons pu gagner Lyon collectivement avec l’ensemble de la gauche. En étant largement devant à la présidentielle à gauche, Jean-Luc Mélenchon avait une responsabilité d’assumer le leadership pour proposer un cadre d’alliance d’union et de rassemblement, c’est comme ça une élection. Le résultat, c’est que les grands mouvements gauche et écologique ont décidé de s’engager ensemble avec l’impulsion de l’Union Populaire. 

Certains membres du Parti socialiste comme François Hollande, le maire de Nantes Stéphane Le Foll, le maire de Montpellier Michael Delafosse ou encore la présidente de la région Occitanie Carole Delga, ont décidé de ne pas soutenir la NUPES. Vous comprenez ce choix ? 
Je suis heureux qu’on soit ensemble dans mon mouvement politique. Nous avons fait le bon choix, en responsabilité. A Lyon, nous nous apportons mutuellement avec un cap : changer les politiques publiques pour rendre les Lyonnaises et Lyonnais fiers de leur ville. Ce doit être la même chose pour la France. Puis, c’est un contexte très particulier : l’humanité n’a jamais été dans cette situation de devoir s’interroger sur sa propre survie. Quand nous sommes d’accord sur l’essentiel et que nous sommes conscients des enjeux du contexte… Nous savons que l’humanité doit faire face à l’enjeu de sa survie alors qu’un certain nombre de mouvements politiques pour des raisons diverses et variées décident d’ignorer ça. Emmanuel Macron fait le numéro du «Capitaine Planète», leur responsabilité leur revient. Certains s’inventent des divergences pour sauver les apparences et conserver une identité qui n’est pas le sujet important. Les idées comptent plus que les partis. Je n’ai pas le sentiment qu’on dissout nos idées, nous formons une coalition.

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Mais alors si vous avez des idées si proches, pourquoi ne pas s’être allié à Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle ? Il ne lui a manqué que 1,2% pour être au 2nd tour à la place de Marine Le Pen, votre candidat Yannick Jadot a recueilli 4,6% des voix…
La présidentielle était une élection importante où on choisit une personne, il faut une offre politique qui puisse être variée. Je suis d’ailleurs favorable à la proportionnelle mais c’est un autre sujet. Du coup les législatives, c’est pour gouverner avec une Assemblée qui a vocation à représenter la diversité de la société française. Macron préside, la gauche gouverne. Il me paraît riche et enrichissant de s’unir. J’aime le terme de coalition, parce que nous sommes sur une élection très différente.

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Pour s’unir, il a fallu faire des concessions. Quelles concessions de la part des écologistes et quelles concessions du côté insoumis ? L’Europe est un sujet de division ?
On raconte beaucoup d’histoire autour de la question européenne, certains cherchent à cliver mais nous sur l’Europe, on assume notre citoyenneté européenne. Notre parti est construit notamment autour de la construction européenne parce que sur certains enjeux très globaux (réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité), il faut une action européenne qui nous donne une capacité d’action plus grande. Si vous regardez la direction des votes au Parlement européen des eurodéputés insoumis et de notre parti, nous votons souvent dans le même sens. Si nos amis mettent le doigt sur des dysfonctionnements, on est d’accord. Le terme désobéissance souvent employé par la France Insoumise, c’est un terme qui a été mis en avant et utilisé par les écologistes et d’autres mouvements, pas seulement de gauche ! Même François Bayrou a dit de dire «zut» à l’Europe… Les députés LREM veulent amoindrir la protection des aires marines, ils en ont même fait un amendement au Parlement européen. Insoumis et écologistes ont voté contre. Les macronistes ont voté pour et contre dans cet amendement. Nous voyons bien que LREM n’a pas de colonne vertébrale au sujet de la protection de la planète. 

Yannick Jadot a soutenu sur France Inter le 26 avril une union à gauche avec Jean-Luc Mélenchon. Mais depuis, il est très discret dans les médias. Certains observateurs disaient que son nom avait été évoqué pour Matignon ou pour intégrer le prochain gouvernement d’Emmanuel Macron. Comme au PS, n’y a-t-il pas deux courants irréconciliables au sein d’EELV ?
Les fins observateurs des mouvements écologistes diraient qu’au sein du mouvement il y a bien plus de deux courants… Mais il y a consensus pour dire que dans le mouvement, on veut une union et cela nécessite d’obtenir des garanties sur certains sujets. Mais il peut diverger entre certaines personnes sur l’ampleur et la nature des sujets. Yannick Jadot s’est exprimé pour alerter au sujet du positionnement des insoumis sur l’Europe, ça a nourri les négociateurs dans leur travail avec nos amis LFI. J’imagine qu’il soutient la démarche… Est-ce qu’il soutient 100% de l’accord obtenu ? Je suis incapable de vous le dire. Yannick Jadot n’a pas sa langue dans sa poche, s’il voulait dire quelque chose, il l’aurait dit. On peut imaginer sur un plan humain que quand on a mené une campagne présidentielle exigeante, il est assez bon de prendre quelques jours de repos. J’espère qu’il en profite !

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A Lyon, les circonscriptions pour les législatives seront représentées par des candidats NUPES provenant des écologistes. Vous y êtes pour quelque chose dans cette décision ?
J’ai dit très tôt qu’il fallait que les identités soient respectées et que les caractéristiques politiques territoriales soient représentées. C’est normal qu’il y ait des élus écologistes, il y a un vote fort pour les élus écologistes à Lyon. Tenir compte de cela me semble être du pragmatisme politique. Je me suis permis de mettre la situation de Lyon en avant : nous gouvernons avec le PS, LFI, EELV et même d’autres mouvements de gauche lyonnais. On a cette culture du rassemblement. Si ça fonctionne ici, ça peut fonctionner à l’échelle nationale.

Les écologistes ne seront présents que dans 100 circonscriptions sur 577. Votre parti n’a fait que 4% à la présidentielle mais il est présent dans de nombreuses villes depuis les dernières municipales : Bordeaux, Annecy, Poitiers, Grenoble, ici à Lyon… Vous aviez aussi un très bon score aux européennes en 2019. Vous ne méritiez pas plus de circonscriptions ?
J’ai confiance sur la négociation. Les choses se sont déroulées comme ça, l’élection présidentielle a été un couperet, il faut regarder avec objectivité ce résultat. On est dans un moment historique où se joue des choses plus grandes que nous. La NUPES n’est pas simplement la France Insoumise, EELV, le PS et le PCF additionné, c’est quelque chose d’autre. C’est aussi, par la force du rassemblement, une opportunité et une espérance nouvelle pour contrer ce macronisme délétère et cette droite extrême qui nous mène dans le mur.

Dès l’entre-deux-tours de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a fait campagne autour de sa personne à Matignon. A l’heure où les partis de gauche prônent la verticalité, la vision des insoumis vous convient ? Jean-Luc Mélenchon Premier ministre, c’est envisageable selon vous ?
Je respecte beaucoup Jean-Luc Mélenchon. Il a un engagement dans la vie politique, des idées, des convictions et des valeurs qui sont férocement chevillés au corps. C’est une assurance qu’il ne va pas dévier et partir je ne sais où. C’est rassurant quand on constitue un collectif, garant des valeurs et des orientations. Un Premier ministre est avant tout un chef d’équipe, il ne gouverne pas seul. Mais ce que je retiens, c’est l’opportunité de gouverner ensemble. Si Jean-Luc Mélenchon devient Premier ministre, il aura des insoumis dans son gouvernement mais aussi des écologistes et des socialistes ! Au sein de ma majorité à Lyon, j’ai toujours voulu que chacune et chacun ait sa place, toujours dans l’intérêt des lyonnaises et lyonnais. Cela peut être une inspiration, un modèle. C’est le rassemblement pluriel qui est une richesse et je n’ai aucun doute sur la capacité de Jean-Luc Mélenchon de savoir utiliser au mieux cette diversité plurielle pour gouverner le pays.



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