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Nouvelle-Calédonie : les soubresauts du référendum




Quel avenir pour la Nouvelle-Calédonie ? Au lendemain du référendum du 12 décembre – le troisième et dernier prévu par les accords de Nouméa –, le destin du « caillou » est tout sauf scellé. Bien que le « non » l’ait une nouvelle fois emporté à 96,5 %, le scrutin a été marqué par une abstention massive de plus de 56 %, conséquence de l’appel des indépendantistes à ne pas aller voter. « En écho aux 96,5 % de non, j’ai entendu le silence assourdissant du oui, témoigne Philippe Gomès, député UDI de la deuxième circonscription de Nouvelle-Calédonie. Sur place, la situation est toujours bloquée. » D’autant que les indépendantistes, qui refusent de reconnaître la légitimité du scrutin, ont déposé un premier recours devant le Conseil d’État. Ils ont aussi annoncé qu’ils n’engageraient aucune discussion avec le gouvernement avant la fin des élections présidentielle et législatives. Or, à l’issue du troisième référendum, les accords de Nouméa prévoient l’ouverture d’une période de transition durant laquelle doit être discuté le futur statut de la Nouvelle-Calédonie, qui devra être validé par référendum au plus tard le 30 juin 2023. Ce qui ne laisse pas beaucoup de temps aux différents partenaires pour s’accorder.

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C’est pour sortir de cette impasse que Philippe Gomès a demandé – « pour la première fois en dix ans de mandats » – un débat à l’Assemblée nationale sur l’avenir institutionnel et politique de l’archipel, qui s’est tenu hier soir. « Trois fois non, ça veut dire non. Pour autant, chacun sait que l’arithmétique électorale ne peut constituer à elle seule, dans notre pays, une solution politique. C’est le consensus en Océanie qui constitue le socle des décisions politiques, à l’instar des accords de Matignon et de Nouméa », a déclaré le député.

Le spectre des événements violents de 1988 est encore dans toutes les têtes. Sans compter que « l’incertitude institutionnelle pèse sur le développement de l’archipel, qui connaît, pour la première fois depuis 1983, un solde migratoire négatif », a rappelé à la tribune de l’hémicycle le ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu. Faut-il alors « reconduire encore pour dix ans la situation qui était prévue par le contrat de l’accord de Nouméa, c’est-à-dire tout faire pour qu’on évite la confrontation », comme l’a demandé Jean-Luc Mélenchon ? Philippe Gomès a proposé une autre voie pour « parachever le processus de décolonisation engagé et libérer ainsi le pays des référendums sur l’indépendance » : la construction d’un statut permettant de « conjuguer la souveraineté de la Nouvelle-Calédonie et la République, au lieu de les opposer ». « Oui, on peut être une nation sans être un État », a estimé le député : « Nous devons entendre les attentes des non-indépendantistes qui considèrent que, si la trajectoire d’émancipation doit se poursuivre, elle doit se faire sous la protection de la France. Choisissons aussi de répondre à l’attente de la moitié du pays pour laquelle l’accession à une forme de souveraineté mettrait un point final à la prise de possession par la France en 1853 de cet archipel. Une souveraineté qui restaure leur dignité. »

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Une main tendue aux indépendantistes qui a été saluée par Jean-Luc Mélenchon : « Je mesure toute l’évolution qu’a été celle de toute la partie non indépendantiste de la Calédonie au cours des quarante années qui viennent de s’écouler, car, avant vous, on ne parlait pas comme ça. » L’appel a aussi été entendu par Sébastien Lecornu, qui veut profiter de cette période de transition pour sortir de l’opposition binaire : « Les formations politiques indépendantistes estiment qu’il convient d’attendre le début du prochain quinquennat pour travailler. Je le comprends. Nous ne confondons pas vitesse et précipitation », a rappelé le ministre, qui annonce avoir tout de même écrit aux membres du Congrès de Nouvelle-Calédonie pour esquisser une méthode et un calendrier. Sébastien Lecornu a également accédé à la demande de leur président Roch Wamytan de lancer un audit sur la décolonisation et les accords de Nouméa.

Il a aussi rappelé les urgences auxquelles le gouvernement devra s’atteler d’ici à la présidentielle : la lutte contre le Covid – le taux d’incidence étant là-bas aussi reparti à la hausse –, l’avenir de l’usine de nickel du Nord détenue par l’anglo-suisse Glencore qui menace de se désengager, le redressement des finances locales et surtout la lutte contre les inégalités sociales – le différentiel entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes étant de 8,4 %, contre 4,4 % en métropole. « Ce qui pose très directement la question du système fiscal et du système social, un des grands absents des instruments de l’accord de ces vingt dernières années », a reconnu Sébastien Lecornu. Autant de chantiers qui dépassent largement le débat institutionnel.




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