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Pablo Iglesias : « Des politiques s’appuient sur les pans conservat…


Il s’était mis en retrait de la vie politique en mai 2021, après une lourde défaite aux régionales à Madrid. Aujourd’hui, Pablo Iglesias, 43 ans, co-fondateur en 2014 du parti de gauche critique Podemos, s’est reconverti en analyste politique : il écrit notamment pour le journal en ligne indépendant Ctxt et anime un podcast de « contre-information » d’un autre média en ligne, Público, intitulé La Base.

Ces nouvelles activités ne sont pas sans rappeler les débuts du politiste madrilène, qui avait fait ses gammes au sein d’une émission de débats politiques, « La Tuerka », au début des années 2010, avant de basculer dans l’arène institutionnelle. Dans un petit livre d’interventions qu’il fait paraître ces jours-ci à Madrid, compilation de chroniques déjà publiées et d’entretiens – par exemple avec Noam Chomsky –, Pablo Iglesias règle ses comptes avec des médias espagnols qu’il accuse d’avoir alimenté sciemment un récit nuisant à Podemos, au service du statu quo politique et de la monarchie.

Dans un long entretien à Mediapart, l’ancien numéro deux du gouvernement espagnol dénonce l’emprise de réseaux mafieux mêlant politiques, fonctionnaires et journalistes en Espagne, s’emporte contre la fabrication de fausses preuves visant à nuire à Podemos et évoque la « tragédie » de la campagne électorale en Italie. Sur un registre plus personnel, il explique aussi pourquoi, si tout était à refaire à partir de 2014, il ne le « referai[t] pas ».

Pablo Iglesias lors d’une conférence à Montevideo en Uruguay, le 16 juin 2022. © Photo : Raul Martinez / EFE via MaxPPP.

Vous dénoncez dans votre livre les « cloaques de l’État ». De quoi s’agit-il ?

Pablo Iglesias. Ce sont des secteurs de l’État qui renoncent à la légalité de l’État au nom d’objectifs politiques. L’exemple le plus évident en Espagne, ce sont les GAL [Groupes antiterroristes de libération, de 1983 à 1987 – ndlr]. Ce groupe terroriste était financé par le ministère de l’intérieur, via des fonds réservés – des types de fonds dont beaucoup d’États disposent, et dont ils n’ont pas à rendre compte de l’usage, en cas d’enquêtes ou d’audits devant des parlements. Dans le cas des GAL, les opérations secrètes qu’ils menaient visaient à assassiner des membres de l’ETA, mais aussi des personnes innocentes et des civils, qui n’avaient rien à voir avec l’ETA.

Au cours des dernières années, nous avons appris l’existence de différentes organisations policières, dirigées par des membres du ministère de l’intérieur, et jusqu’à des ministres du Parti populaire [PP, droite – ndlr]. Ici, le cas le plus évident est celui de [Jorge] Fernández Díaz [ministre de l’intérieur de Mariano Rajoy de 2011 à 2016 – ndlr].

Il a agi, soit pour faire disparaître des preuves ou freiner l’avancée d’enquêtes qui s’intéressaient à des dirigeants et des élus du PP liés à des affaires de corruption, dont Mariano Rajoy, soit pour tenter de fabriquer des preuves contre des adversaires politiques du gouvernement. En bref, utiliser l’État, en énonçant sa propre légalité, pour atteindre des objectifs politiques illégitimes.

Le procès de l’ancien commissaire de police à la retraite José Manuel Villarejo, ouvert à l’automne 2021 à Madrid, et accusé de corruption, blanchiment de capitaux et d’appartenance à une organisation criminelle, s’est accompagné de la publication dans la presse de dizaines de conversations que Villarejo avait enregistrées avec des politiques et journalistes, entre 2005 et 2017, et qu’il a fait fuiter.

Les enregistrements rendus publics par Villarejo, l’un des chefs de ces « cloaques », documentent un élément clé sur le fonctionnement de ces réseaux. Une bonne partie de leur activité consiste à fournir du matériel, des « dossiers », aux médias espagnols, pour ruiner des réputations.

Dans le cas le plus scandaleux, qui nous concerne directement, on entend Villarejo parler à l’un des journalistes soi-disant progressistes les plus importants du pays, Antonio García Ferreras, le patron de la chaîne de télévision soi-disant de gauche La Sexta [et animateur depuis douze ans d’une émission quotidienne de débat politique à grande écoute, « Al Rojo Vivo » – ndlr].

Durant cet échange, Ferreras déclare qu’il sait que l’information – selon laquelle j’aurais détenu un compte en banque dans un paradis fiscal [les îles Grenadines] qui aurait été alimenté [à hauteur de 272 000 dollars] par [le président du Venezuela] Nicolas Maduro – est fausse. Mais malgré cela, il relaie cette information [d’abord publiée par le site OK Diario en mai 2016 – ndlr] dans son émission, à un mois des élections générales [de juin 2016].



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