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Pat Riley, champion à tous les échelons


Il y a plus de 56 ans, un certain Pat Riley disputait son premier match NBA dans une défaite 99-98 des San Diego Rockets face aux Saint Louis Hawks. Sorti de Kentucky, cet ancien meilleur joueur de la SEC avait terminé cette rencontre avec 10 points. On l’oublie un peu mais l’actuel président du Heat a d’abord été un bon joueur de basket, et son palmarès se ne limite pas à des titres NBA comme entraîneur avec les Lakers puis le Heat.

Pat Riley joueur, c’est un titre NBA en 1972 avec les Lakers comme doublure de Jerry West, et il est sur le terrain lorsque l’équipe gagne 33 matches d’affilée. Lorsqu’il met un terme à sa carrière, il dépasse les 500 matches au compteur pour environ 7 points de moyenne. Pour y parvenir, il s’était donné les moyens, et il avait raconté ses premiers jours de joueur aux Lakers.

« J’ai couru sur la plage, les collines, les escaliers« , se souvient-il. « J’ai soulevé des poids. J’ai joué au basket tous les jours. Je me souviens que Chris (Rodstrom Riley, son épouse) et moi conduisions jusqu’à la côte, environ une semaine avant le training camp pour une dernière escapade puis j’ai arrêté la voiture sur le côté de la route. Je lui ai dit : ‘Conduis une dizaine de kilomètres’ et de mon côté, j’ai couru cette distance pour la rejoindre. Quand je suis arrivé au training camp, je me rappelle Bill Bertka (l’assistant-coach) me dire : ‘Mon Dieu, qu’as-tu fait ?’ J’ai répondu que c’était ce qu’il fallait faire, je m’en suis assuré et j’ai gagné tous les sprints, toutes les courses de fond. J’ai tout gagné et j’ai joué contre ces gars chaque jour. Au bout du compte, j’ai intégré l’équipe. »

Il débute dans le coaching à l’arrivée de Magic Johnson en NBA

Cette anecdote permettra de mieux comprendre le Pat Riley coach et ses méthodes « militaires ». Car dès 1979, à 34 ans, on le retrouve sur un banc. C’est toujours aux Lakers, et il débute comme assistant l’année où débarque Magic Johnson… Ensemble, ils gagnent le titre, et c’est déjà la deuxième bague pour Pat Riley. Deux ans plus tard, il devient « head coach » des Lakers et c’est l’ère du « Showtime ». Surnommé « Mister Gomina », Pat Riley va devenir l’une des personnalités les plus reconnues de la NBA, et sous sa coupe (de cheveux…), les Lakers vont remporter quatre titres de plus. À 43 ans, il a déjà six bagues aux doigts !

« Il est toujours là », constatait Erik Spoelstra il y a quelques années. « C’est le signe ultime de la grandeur. Il s’est constamment adapté et il est resté au sommet. Il a toujours trois, quatre ou cinq coups d’avance sur la concurrence. »

Cette capacité d’adaptation en fera un « coach caméléon », et après le « Showtime » des Lakers, place aux barbelés du côté de New York où il mènera les Knicks jusqu’en finale NBA en 1994. Pat Riley n’est pas buté, et s’adapte à ses effectifs. Une seule constante : le goût du travail et de l’effort. À en faire vomir ses joueurs à l’entraînement.

Des joueurs vomissent à l’entraînement

« Les joueurs quittent la salle, fatigués et parfois touchés physiquement, après chaque entraînement matinal » écrit le New York Times en 1993. « Pourtant, ils doivent encore soulever des poids chaque jour. Puis, après le déjeuner et une sieste, une session d’entraînement nocturne les attend. Enfin, n’oublions pas, ils doivent aussi apprendre leurs systèmes. Ainsi va la vie au ‘Camp Riley’, le surnom donné à l’exténuant camp d’entraînement de huit jours du coach des Knicks, Pat Riley. »

Pat Ewing et ses coéquipiers ne regretteront pas ce « Camp Riley » où leur coach leur fait découvrir leurs limites physiques et mentales.

« Je pense qu’aucun sportif n’est digne de ce nom tant qu’il n’essaie pas d’atteindre une condition physique d’exception et c’est le moins que l’on puisse demander d’un joueur : être en grande forme » se justifiait Pat Riley. « La plupart des joueurs me disent : ‘Je ne me suis jamais pesé. Mon taux de graisse n’a jamais été testé.’ Ils ne savent pas. Ils ne savent pas comment procéder. Ils n’ont jamais insisté. »

Il oblige le Shaq à perdre 20 kilos

À Miami, le poids est essentiel, il y a deux ans, James Johnson en avait fait les frais. L’actuel ailier des Nets s’était ainsi retrouvé scotché à la salle de muscu’. Pas question qu’il joue tant que Pat Riley ne l’aura pas décidé. « James n’a pas échoué aux tests physiques. Il les a tous passés facilement et il avait de très bonnes notes » expliquait son agent dans le Miami Herald« Le seul problème, c’est que Pat Riley pense fortement que James doit être à un certain poids pour être le plus performant. Le Heat est très à cheval sur le poids et le pourcentage de masse graisseuse. Ils passent beaucoup de temps et font beaucoup d’effort à essayer de trouver le niveau optimal pour que les joueurs soient performants. Même s’il a réussi les tests physiques et que James se sent vraiment en forme, Pat estime qu’il doit être à un certain niveau, et qu’il ne l’est pas. »

Même président, Pat Riley continue de faire de la condition physique, l’élément numéro 1 de sa vision du basket en particulier, et du basket en général. Avant James Johnson, deux autres pivots avaient fait les frais.

« Revenons à l’époque où Ike (Austin) faisait 145 kilos. Je l’ai regardé chaque jour faire du vélo à LaSalle (le lycée qui servait de salle d’entraînement au Heat, auparavant). Il le faisait après l’entraînement, avant, pendant la nuit. Et il est descendu à 118 kilos. Il en a perdu 27. Par la suite, il est devenu le Most Improved Player et a signé un contrat à 15 millions de dollars », raconte Pat Riley, avant de s’attarder sur le cas du Shaq. « Il a fait la même chose. Quand nous l’avons obtenu dans l’échange, il faisait 165 kilos. Lors des playoffs, il en faisait 145. Il a perdu 20 kilos. On sait comment faire ça ici. »

Président du Heat, il vire Stan Van Gundy et gagne le titre comme entraîneur

Avec le Shaq, et un certain Dwyane Wade, Pat Riley va remporter sa 7e bague. Ce sera comme président-coach, onze ans après son arrivée en Floride. Avec cette double casquette, il peut appliquer ses idées des bureaux aux terrains. À l’instar d’un Jerry West, il fait et défait la NBA par ses échanges tonitruants. Parfois, il se plante, parfois, il réussit. Même chose lorsqu’il décide de passer la main, et d’introniser Stan Van Gundy comme entraîneur. L’expérience ne dure qu’un temps, Pat Riley revient s’asseoir sur le banc de touche, et le Heat remporte le titre ! Le premier de son histoire, et Pat Riley entre un peu plus dans la légende.

« Il comprend les évolutions de ce sport », estime Udonis Haslem, à Miami depuis 2003. « Pas seulement en tant que coach, mais aussi en businessman et en leader. Être un bon leader, c’est savoir quand faire un pas de retrait et savoir quand laisser la place à Spoelstra, pour qu’il devienne le coach qu’il est aujourd’hui. »

Après ce septième titre, le cinquième comme coach, il décide à nouveau de passer la main. C’est en 2008 après la pire saison de l’histoire de la franchise : 15 victoires seulement. Le Shaq a refait ses valises, et la franchise est à un tournant de son histoire. Pat Riley reprend du recul, et il nomme le jeune Erik Spoelstra à sa place.

Quatorze ans plus tard, il est toujours là…

Quant à Pat Riley, il a effectivement « trois, quatre ou cinq coups d’avance sur la concurrence » et il prépare déjà le plus grand coup de sa carrière : réunir les trois potes, Dwyane Wade, LeBron James et Chris Bosh. Au grand dam de ses adversaires et même de la NBA, il crée le plus impressionnant « Big Three » de l’ère moderne. Il le fait en jouant avec le règlement, et les règles du « salary cap ». Car Pat Riley est aussi passé maître dans l’art de jouer avec les « exceptions », les ventes de tour de Draft… Tout se joue au dollar près, et ça passe.

Détesté de la NBA pour la création des « Three Amigos »

Mais rien n’est facile et rien n’est acquis. Ses « Three Amigos » connaîtront d’abord les doutes, et même l’échec. Certains s’en frottent les mains car Pat Riley s’est fait beaucoup d’ennemis, à l’Est comme à l’Ouest, mais aussi dans les bureaux NBA. Ses méthodes de recrutement, agressives, l’isolent, et les deux titres supplémentaires remportés comme président n’ont pas la même saveur. D’autant que LeBron James fait ses valises après seulement quatre ans.

La tournée des « Heatles » aura tourné court, et se termine sur un bilan équilibré pour certains, moyen pour d’autres : deux victoires et deux défaites en finale NBA. À bientôt 70 ans, Pat Riley est furax.

Il n’avait pas vu le coup venir, et il en veut à LeBron James de laisser la franchise exsangue. Mais il fait alors une promesse : « Peut-être que c’est pour ça que je ne prends pas ma retraite, mais je ne tomberai pas comme ça. Pas avant qu’on gagne un nouveau titre. »

Comme au milieu des années 90, Pat Riley a su s’adapter. Cette fois comme dirigeant. Après les années « bling-bling », il a retrouvé un effectif qui lui ressemble, dur au mal et solidaire. Il a aussi montré ses qualités de recruteur en dénichant Bam Adebayo et Tyler Herro dans la Draft, ou Kendrick Nunn et Duncan Robinson en G-League.

Le tout sans oublier ses discours de leader et sa force de persuasion pour attirer une star comme Jimmy Butler. Pas le genre à prendre 25 ou 30 tirs par match comme Dwyane Wade ou LeBron James, mais un vrai leader, capable de fédérer et de transmettre le message d’Erik Spoelstra, toujours fidèle au poste. C’est aussi ce qui fait la force de Pat Riley président : savoir s’appuyer sur des hommes forts à chaque échelon, des repères, comme Adam Simon ou Andy Elisburg dans les bureaux, Erik Spoelstra sur le banc, et bien sûr Udonis Haslem sur le terrain. Les fondations sont posées pour remporter ce 10e titre. Et après il pourra prendre sa retraite…

Article initialement publié en octobre 2020



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